INGA PADURARI

  1. °2020

    S’approcher pour appréhender est une méthode instinctive. Aussi nécessaire est de s’éloigner, de reculer, afin d’éviter de se laisser submerger par une émotion dévorante. Comprendre est donc un jeu de distance. Le lieu que nous avons voulu enquêter est un tunnel de passage à Bruxelles. Le tunnel est un espace piéton, à côté d’une rue de circulation dense, qui fait aussi office de maison pour de nombreuse personnes ; un endroit que, d’habitude, nous apercevons, traversons, fugitivement, timidement. Lorsque l’on s’en approche, un courant d’air nous ramène devant une vie plongée dans le liquide sombre de la ville. Le froid et l’odeur pâteuse d’en- fermement règnent dans cet endroit à la fois clos et ouvert de deux côtés. Au début, la lumière recouvre comme un péplum brumeux les choses qui se trouvent à l’intérieur, pour ensuite les dévoiler avec cruauté et agressivité, insistante, inhumaine. La vie ordinaire s’expose publiquement dans le tunnel, à travers la présence d’objets quotidiens pourtant caractéristiques d’un espace privé. Passer dans le tunnel c’est se sentir intrus, dépassant les limites d’un espace personnel. Oser s’approcher semble être néanmoins la seule façon de connaitre mieux la vie dans le tunnel, s’y rendre et essayer de la sentir dans sa peau. Mais la vie dans la rue nous est demeurée fermée. Il n’existe à mon avis aucune technique, aucune tactique assez efficace pour décrire l’expérience in situ, là où les murs de la maison et de l’âme semblent transparents et fragiles.

    Photographies & texte: Inga Padurari Panos Vasileiadis, Bruxelles, 2020

    Publication: Papier Machine, Numéro 10


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